Pour accéder à l’abécédaire illustré, aux interviews des chercheurs, aux adresses des musées et sites web... EXPOSITION Le doute n’est plus permis sur l’origine du nom Patagon. En 1955, Marcel Bataillon formulait l’idée que Magellan l’avait forgé en 1520 à partir de deux mots portugais  (patáo et gão) en s’étonnant de la démarche pataude* et de la taille gigantesque** des habitants des terres australes d’Amérique. L’académicien prenait le contrepied de la thèse selon laquelle le navigateur tirait cette dénomination du célèbre roman de chevalerie espagnol Primaléon ou second livre de Palmerin publié en 1512. Soit huit ans avant la découverte par Magellan du Détroit qui sépare les confins de l’Amérique du Sud de la « Terre de feu »***. L’édition dite de Salamanque restait, il est vrai, introuvable et l’idée qu’un cahier pouvait avoir été ajouté, à partir de 1520,  aux éditions suivantes donnait du poids à l’hypothèse de Marcel Bataillon. Las ! En 1960, la fameuse édition a été retrouvée et c’est bien le Grand Patagon du roman, un sauvage monstrueux né de l’homme et de l’animal, qui a inspiré Magellan. Et marqué pour longtemps des générations de dessinateurs et graveurs qui vont reproduire à l’envi des géants pour représenter les Patagons. Sans compter le cosmographe des rois (Henri II, Charles IX et Henri III), André Thevet, qui ajoute ça et là sur les cartes des détails pittoresques de son cru. Comme il le fera dans « Les Singularités  de la France antarctique » publiées en 1557. C’est cette Patagonie imaginaire - celle qui fait naître le mythe de la « Cité des Césars », eldorado utopique - que donne à voir en première partie l’exposition “Patagonie. Images du bout du monde”, à travers cartes et divers ouvrages anciens. Les géants de la Bible Tout au long des XVIe et XVIIe siècles, nombre d’auteurs s’appuient sur la lecture de la Bible**** pour affirmer que les géants existent. C’est qu’une importante question taraude les hommes de l’époque : et si ces êtres fabuleux étaient les descendants des premiers âges de la terre ? Un jeune ingénieur, Duplessis, aura beau se rendre en Patagonie, entre 1698 et 1701,  et nier l’existence des géants, son récit - faute d’être publié - n’aura aucun écho. En revanche, celui de John Byron, en 1767, relance - provisoirement - la popularité du géant. Il faudra les interventions de Georges-Louis Buffon et Louis Antoine de Bougainville, deux autorités scientifiques, pour que le géant soit enfin relégué au rang d’étrangeté anatomique. Dès lors, dessinateurs de marine et photographes donneront de la Patagonie, de ses paysages et de ses hommes, une image réaliste et non moins fascinante. C’est la seconde partie de l’exposition. Les missions scientifiques font découvrir progressivement la réalité du territoire patagon. Les frontières entre le Chili et l’Argentine sont établies entre 1880 et 1902. Chercheurs d’or et éleveurs de moutons envahissent ces territoires prometteurs. Mais, drame absolu, en Patagonie continentale la « Conquête du désert » s’achève par le massacre des populations. En ethnographe de l’urgence, le prêtre et ethnologue Martin Guisinde s’intéresse aux survivants. Il sera le premier à photographier (40 tirages originaux sont ici présentés) la cérémonie du Hain, un rite initiatique masculin. Aux chercheurs s’ajouteront les artistes qui, tels les photographes (Rodrigo Gomez Rovira, Esteban Pastorino Diaz, Hugo Aveta…), nous feront partager leur vision intime de ces paysages du bout du monde. Patagonie. Images du bout du monde Au musée du Quai Branly jusqu’au 13 mai 2012 *Les Patagons portaient de grosses chaussures de peau **Ils mesuraient environ 1,80 m, de l’ordre de 20 cm de plus que les Européens de l’époque. ***Les habitants avaient l’habitude d’y faire beaucoup de feux qui se repéraient de loin. **** Nombre ch 13, verset 33 : A propos des enfants d’Anak qui sont des géants, il est écrit : « nous étions à nos yeux et aux leurs comme des sauterelles » Pour en savoir plus L’exposition “Patagonie. Images du bout du monde” est à voir à la Mezzanine Est du musée du Quai Branly. Jusqu’au 13/05/12. Le dimanche 25 mars, à 16 h, une rencontre avec Franck Lestringant, Giordana Charuty et Christine Barthe, auteurs du catalogue de l’exposition est organisée au salon de lecture Jacques Kercharrche (RDC du musée). © musée du quai Branly