L’or des Incas                               Origines et mystères Si vous en avez l’opportunité, ne manquez pas l’exposition “L’or des Incas” à la Pinacothèque de Paris, voisine de la Madeleine. Vous comprendrez pourquoi cette civilisation a tellement fasciné et marqué pour longtemps les esprits. Comme en témoigne la corne d’abondance qui flotte au centre du drapeau péruvien ! Alors, c’est vrai, on peut reprocher aux organisateurs de n’exposer - en regard du nombre de merveilles présentés - que très peu d’objets incas. Remercions-les, au contraire, de nous montrer que les Incas étaient les héritiers de brillantes cultures (Chimu, Lambayeque, Chancay, Mochica, Nazca...) qui valent autant d’être sous les projecteurs. Mais commençons par rappeler pourquoi les richesses  du « Pirú » firent tant d’effets aux conquistadors espagnols. Le temple du Soleil Le « Temple  du Soleil » ou Corincancha  était sans conteste le plus fabuleux de l’Empire inca, au cœur de  Cuzco , la capitale, « le nombril du monde ». Un métis a vu de ses yeux le temple sur son promontoire et le décrit dans ses « Commentaires royaux du Pérou » (1607).  L’homme se nomme  Garcilaso de la Vega .Il est fils d’un capitaine espagnol  et  d’une princesse inca. Il rapporte, comme d’autres historiens l’ont fait avant lui, que si le haut toit du temple était recouvert de chaume,  une  large bordure en  or  courait autour du bâtiment fait de gros blocs de pierre parfaitement  ajustés. A l’intérieur, de  grandes plaques  d’or  recouvraient murs et portes. En guise d’autel, orienté vers l’est, un disque en or si grand qu’il allait  « d’un mur à l’autre » dominait l’espace. Il était à l’image  de  Inti, le dieu Soleil, représenté par un visage humain stylisé ceint d’une frise de rayons et de flammes. Toujours à l’intérieur, des trônes en or étaient alignés où reposaient les momies impériales, richement habillées et parés de bijoux. Voisin du temple était celui consacré à la Lune, Quilla, l’épouse du Soleil. L’argent remplaçait ici l’or et l’on y révérait  un grand disque fait de ce précieux métal. De fait, l’or et l’argent, souvent incrustés de  pierres fines  recouvraient tout. Y compris l’intérieur du logement des prêtres et celui des autres temples voués, ici à Vénus et aux étoiles, là à l’Eclair, au Tonnerre et à la Foudre. Là enfin à l’Arc en Ciel. Sans compter l’or des canalisations et des bassins qui alimentaient en eau l’ensemble de ces lieux sacrés. Lesquels comprenaient en contrebas, le Jardin d’or qui méritait amplement son nom. Pratiquement, tout de ce qui poussait et vivait au Pérou d’alors y était fidèlement reproduit. Grandeur nature, en or ou argent. Des arbres fruitiers, un champ semé de maïs, des  animaux grands et petits (pumas, lamas, serpents, lézards...), mais aussi des fleurs et des oiseaux de  toutes sortes. Et, parfaitement statufiés, des hommes, des femmes et des enfants. Et tous les outils que l’on pouvait utiliser pour entretenir ce jardin extraordinaire. Comme le précise Garcilaso de la Vega à propos de ce « quartier en or » : cette même richesse se rencontrait partout dans les Provinces du Royaume. Le fait est : un Temple du Soleil, celui de Tumbez, sur la côte nord du Pérou, avait déjà émerveillé Francisco Pizarre et ses hommes alors même qu’ils venaient de débarquer. Et que dire de la rencontre fatale de Cajamarca, le 16 novembre 1532. De l’arrivée en grande pompe de l’Inca, sûr de sa toute puissance et si  confiant que  les  trente mille  hommes et la cour - les « orejones » - qui l’accompagnent sont venus désarmés. La fin de l’Empire Ces « orejones », les « grandes oreilles », ont les lobes distendus sous le poids des anneaux d’or qu’ils ont portés, de plus en plus larges et lourds. Parmi ces nobles qui entourent l’Inca, nombre ont une couronne  d’or ou d’argent sur la tête.  Et, comme l’écrit  un témoin, ils sont couverts de tant de plaques de métal précieux que « c’est merveille de les voir reluire au soleil ». Porté à dos d’hommes (jusqu’à seize selon certaines sources), dans une  litière ornée de plumes multicolores et de plaques d’or et d’argent, le jeune Inca - il est âgé de 30 ans - focalise tous les regards avec ses impressionnants disques d’oreilles, son pectoral et ses bracelets en or. Il ne se doute pas, à cet instant, que les Espagnols - eux sont armés -  s’apprêtent à fondre sur lui*.  Fait prisonnier, il croit pouvoir rester en vie** et retrouver sa liberté en échange du monceau d’or et d’argent qu’il promet. Un fabuleux trésor. «Jusqu’à la hauteur qu’il peut atteindre avec sa main» dans la salle où il est aux arrêts. Sceptiques, les Espagnols acceptent. Des lors, regroupés en caravanes, des milliers de lamas (l’animal porte 30 kg au maximum !) rejoignent Cajamarca, chargés à plein de vaisselle en or et en argent pour être « à la hauteur » de la rançon promise. Il en vaudra au Temple d’or de Cuzco, comme à tant d’autres, d’être en partie démantelés pour honorer la parole donnée, avant d’être plus tard – cette fois comme tous les sites du royaume -, pillés consciencieusement par les conquistadors. Sans égard pour l’art précolombien et le talent de ses orfèvres, ils feront tout fondre et convertir en lingots. Laissant aux générations futures le hasard des coups de pioche pour découvrir les trésors enfouis sous terre au contact des défunts. Revenons à l’exposition de la Pinacothèque de Paris. Exposition à la Pinacothèque de Paris Jusqu’au 6 février 2011 Trois horizons, deux périodes intermédiaires Sur   le  plan  chronologique,  la   civilisation   Inca  est  le  dernier  maillon   de l’histoire  du Pérou ancien.  Elle apparaît à la fin du XIIIe siècle. Avant, l’ethnie se perd dans d’obscures origines. Et cependant, l’empire  Inca va devenir  l’un des  plus  grands  du  monde  et  s’étendre  sur   32°  de   latitude  lorsque  Masque funéraire en or laminé, repoussé, soudé. Culture Sican (800 -1350 apr. J.-C) Intermédiaire récent. 379 x  649 mm. Photo Joaquin Rubio Roach. Pectoral.  Or laminé, découpé et cousu.   Zone de Lambayeque.  Intermé-   diaire récent (900 - 1440 apr. J.-C) 450 x 455 mm. © Musée archéologique national Brüning. Lambayeque (MANB - 00063). Instituto Nacional de Cultura Del Péru. Lima.    Photo Joaquin Rubio Roach. Ornement frontal en alliage  or-argent-cuivre, laminé/repoussé/ajouré/ ciselé.  Culture  mochica    (100 av J.-C. - 850 apr. J.-C)   Intermédiaire ancien. 224 x 256 mm. © Musée Larco LIma (ML 100770). © Photo Joaquin Rubio Roach. Bol cérémoniel en or et argent laminé/ciselé. Culture Chimu. Intermédiaire récent ( 900 - 1470 apr. J.-C.). 82 x 117 x 117 mm. Musée Larco Lima (ML 100865). ©Musée Larco Lima © Photo Joaquin Rubio Roach  ©     ©  Instituto Nacional de Cultura Del Péru. Lima Musée archéologique national Brüning. Lambayeque (MANB - 00003) ©  Pour accéder à l’abécédaire illustré, aux interviews des chercheurs, aux adresses des musées et sites web...